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Togo/Zéglé : 16 ans d’attente pour des déplacés miniers oubliés

Didier ASSOGBA
3 Min Read
Le collectif des déplacés miniers oubliés

Seize (16) ans après avoir été contraints de quitter leurs terres pour permettre l’extension de la Société Nouvelle des Phosphates du Togo (SNPT), plus de 400 familles de Zéglé, dans la préfecture de Zio, vivent toujours dans des conditions précaires. Entre promesses non tenues et désespoir croissant, elles interpellent directement Faure Gnassingbé, le chef du gouvernement togolais.

En 2009, l’extension des activités minières de la SNPT entraîne la délocalisation forcée de centaines de foyers. Les autorités et l’entreprise minière avaient alors promis un relogement rapide et digne. Mais près de deux décennies plus tard, le constat est amer : maisons en ruine, absence d’infrastructures, perte des terres agricoles… et un sentiment d’abandon généralisé.

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« J’avais huit cases sur mon site d’origine. Aujourd’hui, on m’a donné un seul terrain. Nous sommes huit à vivre dans une seule pièce », déplore un représentant des déplacés, qui assure que la SNPT avait pourtant procédé à un recensement nominatif précis de ces déplacés miniers.

Silence officiel, colère sourde à Zéglé

Les lettres envoyées aux autorités locales et nationales sont restées sans réponse. Le mutisme des décideurs nourrit la frustration et un sentiment de trahison. Plusieurs déplacés affirment avoir vu des proches « mourir de chagrin » face à la perte de leurs biens et à l’incertitude persistante.

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La disparition des terres cultivables, autrefois principale source de revenus et d’alimentation, aggrave la précarité.

« Avant, chacun de mes enfants avait sa propre case. Aujourd’hui, ils dorment tous entassés. Nous n’avons plus de maïs ni de manioc. Comment nourrir ma famille ? », s’interroge Yawo Akouété.

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Pour Akouvi Ameyo, les accusations d’« accumulation » portées contre certaines familles relèvent de la manipulation : « Nos cases avaient toutes une fonction. Elles ont été recensées et numérotées par la SNPT. Pourquoi aujourd’hui nier l’évidence ? On a même utilisé de fausses photos pour nous discréditer. »

Un appel au sommet de l’État

Sous la houlette de Kodjo Dekpuivi, le collectif des déplacés miniers réclame le respect des engagements. Ces habitants réclament un relogement digne, un accès à la terre et à l’éducation, et la restauration de leurs conditions de vie. Surtout, il adresse un message direct à Faure Gnassingbé, Président du Conseil.

« Monsieur le Président, nous ne sommes pas vos adversaires politiques. Nous avons toujours été vos soutiens. Mais aujourd’hui, nous sommes oubliés. Zéglé a besoin de vous. Notre dignité ne doit pas être sacrifiée au nom du développement. Il est temps d’agir. »

À Zéglé, les souvenirs de l’expropriation restent vivaces, et la patience s’effrite. Pour ces déplacés, la réparation ne serait pas seulement une question sociale mais incarnerait la justice et la cohésion nationale que le pouvoir central affirme défendre.

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