À Lomé, les 2 et 3 septembre, le CPC (Cadre permanent de concertation) a tenu sa 23ᵉ réunion. Des représentants des partis politiques dits modérés, du gouvernement et du parti au pouvoir, l’Union pour la République (UNIR) y ont pris part. L’absence remarquée des principales formations de l’opposition – qui poursuivent leur boycott – a donné à cette session un parfum particulier, à la fois de continuité et d’interrogation sur l’avenir de ce mécanisme de dialogue politique.
Au menu des échanges, cinq points majeurs : le bilan du processus électoral des municipales du 17 juillet dernier, la présidence du CPC, la situation socio-économique, les perspectives et les divers. Mais c’est surtout la réflexion sur l’avenir du cadre de concertation qui a retenu l’attention, tant il est devenu un espace central dans la gestion des tensions politiques togolaises depuis sa création.
Un plaidoyer pour l’inclusion et la pédagogie politique
À l’issue des travaux, plusieurs consensus ont été actés. On retient l’invitation à tous les partis politiques, y compris ceux qui boudent les discussions, à participer à la gouvernance locale ; la mise en place d’un mécanisme d’amélioration de l’organisation des élections, afin d’en renforcer la transparence et la crédibilité ; un appel aux partis pour qu’ils assurent leur rôle d’éducation civique et de sensibilisation des militants à l’esprit citoyen ; et un plaidoyer pour garantir la représentation des partis minoritaires dans les futurs organes exécutifs des conseils municipaux.
Ces engagements visent à restaurer la confiance et à élargir la base du dialogue politique, dans un contexte où les grandes formations de l’opposition continuent de dénoncer un cadre « verrouillé » et « dominé » par le parti au pouvoir.
Symbole de cette volonté de relancer la machine, deux commissions ad hoc ont été créées. L’une chargée de réfléchir sur l’avenir du CPC et l’autre sur la réorganisation de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), avec la question de savoir si elle doit rester un organe politique ou redevenir un instrument purement technique.
En filigrane, plusieurs propositions structurantes ont émergé. Il s’agit notamment de relire les textes du CPC pour les arrimer à la Constitution de la Ve République, institutionnaliser le CPC par décret afin d’en faire un organe consultatif reconnu et, plus ambitieux encore, transformer le CPC en un modèle régional, une sorte de laboratoire togolais du dialogue politique permanent.
Le CPC et le défi du boycott
Mais sans la participation des poids lourds de l’opposition comme l’Alliance nationale pour le changement (ANC), les Forces démocratiques pour la République (FDR) ou encore la Dynamique pour la majorité du peuple (DMP), ces initiatives suffiront-elles à crédibiliser le processus ?
« Le CPC ne peut pas être seulement un club de partis proches du pouvoir. Si nous voulons qu’il survive et joue son rôle, il faut une réconciliation politique globale », confie à TogoBreakingNews un acteur de la société civile ayant suivi les travaux.
Si le CPC réussit sa mue, il pourrait devenir une innovation politique rare en devenant un organe permanent de dialogue inclusif, capable de dépasser les clivages électoraux pour prévenir les crises à répétition. Mais si le boycott se poursuit, le risque est de voir le cadre perdre progressivement de sa légitimité, réduisant son rôle à une simple chambre d’enregistrement des décisions gouvernementales.
À l’heure où les autorités togolaises tentent de consolider les institutions de la Ve République, l’avenir du CPC reste donc un test : celui de la capacité des acteurs politiques togolais à inventer un consensus national durable.
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