La Cour des comptes vient de publier le rapport sur la gestion de la commune de Moyen-Mono 1 pour la période 2019 à 2022, et son verdict met en lumière de graves faiblesses administratives et financières. Le document révèle une absence d’organigramme, des budgets non publiés, des recettes surévaluées et des dépenses exécutées sans pièces justificatives complètes.
C’est un rapport de 44 pages disponible sur le site de la Cour depuis août 2025. Dès les premières pages, le rapport note clairement que Moyen-Mono 1ne disposait pas d’un organigramme, pourtant indispensable au bon fonctionnement institutionnel. « La commune ne dispose pas d’organigramme formel pouvant informer du bon fonctionnement de la structure et de la bonne répartition des tâches », révèle le document.
Cette absence d’organigramme engendre un résultat prévisible en l’occurrence le chevauchement de compétences, dilution de responsabilités, concentration de pouvoirs. Même cacophonie autour des décisions du conseil municipal. « Malgré les exigences légales, il n’existe pas de registre côté et paraphé par le représentant de l’Etat sur lequel doivent être inscrites des délibérations », lit-on dans le rapport.
Budgets cachés, comptes dissimulés
La transparence budgétaire, pierre angulaire de la décentralisation, n’a pas non plus franchi les portes de la mairie. La Cour des comptes renseigne que les budgets sur la période sous contrôle ne sont pas affichés au siège de la mairie. Le public n’est pas alors informé. Même opacité du côté des comptes administratifs, eux aussi tenus hors du regard citoyen.
Sur le terrain financier, les chiffres ressemblent à une montagne dont seule la base existe. Les ventes de produits et services, par exemple, illustrent ce décalage entre rêve et réalité.
En 2020, la commune prévoyait 10 482 000 FCFA mais n’a recouvré que 3 666 000 FCFA (34,97%). En 2021, l’effondrement devient presque burlesque. 200 000 FCFA prévus pour 5 000 FCFA recouvrés, soit 2,50%. Et en 2022, 100 000 FCFA seulement recouvrés à hauteur de 29 100 FCFA (29,10%). « Il manque donc de sincérité dans la prévision des recettes », a conclu le rapport sans détour
Les droits de place, poumon financier classique des marchés locaux, ne respirent guère mieux. Le taux de recouvrement va de 46,75% à 62,88% entre 2020 et 2022. Des ressources sont envolées, et des opportunités sont perdues.
Dépenses obligatoires oubliées, mandats sans traces à Moyen-Mono 1
Pendant que certaines recettes se vaporisent, certains travaux matériels font grincer des dents. L’apâtam scolaire de Kpatsivémé a commencé par se dégrader et deux puits ne fournissent pas d’eau. Des infrastructures publiques transformées trop vite en vestiges, faute de contrôle technique et de suivi.
Plus inquiétant encore est des mandats d’investissement payés sans justificatifs complets, sans signatures, sans identités, parfois sans cachets. En guise d’exemple, il y a un mandat de 2 205 684 FCFA pour la réhabilitation de hangars à Tado « absence de carte d’identité de celui qui a déchargé le chèque. Absence du cachet payé du trésorier ». Et les cas s’enchaînent, pour des montants allant jusqu’à plus de 5 millions FCFA.
La Cour ne se contente pas de constater, elle prescrit. L’institution recommande à la commune de se doter d’un organigramme, de publier budgets et comptes, mettre en place une comptabilité-matières fiable, renforcer le contrôle des travaux, mieux former les agents, améliorer la mobilisation des recettes de marchés, sécuriser les pièces comptables. Bref, reconstruire la maison administrative pierre par pierre.
La Cour des comptes rappelle que le rapport en question n’est pas une condamnation, mais une sirène. A travers cela, la Cour a joué son rôle qui est de signaler les failles, montrer les chiffres, citer la loi et recommander. Elle invite les autorités communales du Moyen-Mono 1 à revoir leur copie afin d’embrasser la transparence. Car, selon la Cour, une commune n’est pas un château de sable. Elle doit tenir debout pour ses citoyens.
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