Au lendemain d’une nouvelle série de manifestations au Togo les 26, 27 et 28 juin 2025, des entités de l’opposition togolaise dénoncent la répression. Dans deux communiqués distincts mais convergents, l’Alliance nationale pour le changement (ANC) de Jean-Pierre Fabre et les Forces démocratiques pour la République (FDR) de Me Paul Dodji Apevon dénoncent une répression jugée « aveugle » et « meurtrière ». Ces partis politiques rendent hommage à une jeunesse déterminée, devenue l’épine dorsale de la contestation.
Malgré leur caractère pacifique, les manifestations au Togo, notamment à Lomé, se sont soldés par des dizaines de blessés, des interpellations massives, et — selon les partis — des pertes humaines. Cinq corps sans vie auraient été repêchés dans la lagune de Bè et dans le 4e lac d’Adakpamé, dont deux seraient des ressortissants étrangers. Pour l’ANC, il s’agit d’un « carnage silencieux » perpétré par des forces de sécurité épaulées par des miliciens opérant à visage découvert ou cagoulés.
Violences ciblées lors des manifestations au Togo
Le port du rouge — devenu symbole de contestation — serait désormais suffisant pour être ciblé par les forces de l’ordre, selon plusieurs témoignages rapportés par l’ANC. Des domiciles auraient été forcés, des jeunes enlevés en pleine rue ou lors de repas en famille. À Bè, un auxiliaire de pharmacie a été arrêté devant son lieu de travail. Les FDR parlent même d’« incursions nocturnes », de passages à tabac dans les maisons, et dénoncent la « barbarie des forces armées ».
Le recours à des milices — dénoncé par plusieurs ONG locales — a également retenu l’attention de Me Apevon. Un ancien militaire, filmé sur les réseaux sociaux, aurait revendiqué des assassinats en affirmant qu’« il faut apprendre à tuer au Togo ». Une déclaration glaçante que les FDR jugent révélatrice du climat d’impunité entretenu par le régime.
Pour Jean-Pierre Fabre, ces événements marquent un tournant. « La jeunesse togolaise est debout. Elle dit non à une cinquième République sur mesure, conçue pour étouffer toute alternance. ». Le leader de l’ANC appelle à la libération immédiate des détenus arrêtés lors des récentes manifestations, dont le jeune militant Affectio, ainsi que de tous les prisonniers politiques.
Les deux partis politiques exigent l’ouverture d’une enquête indépendante pour identifier les responsables des violences et traduire leurs auteurs en justice. Elles appellent également à une médiation internationale urgente, estimant que la situation actuelle menace la paix sociale et la cohésion nationale.
Un pouvoir déterminé à durer ?
La réforme constitutionnelle, adoptée en avril 2024, qui a vu le basculement du Togo dans une 5e République à régime parlementaire renforcé, continue d’alimenter les tensions. Pour les opposants, elle est synonyme de « verrouillage institutionnel » et d’un maintien au pouvoir de Faure Gnassingbé au-delà de 20 ans de règne.
« Ce que Faure Gnassingbé n’a pas pu faire en deux décennies, il ne le fera pas en décrétant un règne à vie », tonne Me Apevon. Pour lui, « la contestation ne s’arrêtera pas ». Plus le régime cherchera à l’étouffer, « plus elle s’amplifiera jusqu’à sa chute ».
Ces partis politiques félicitent les jeunes manifestants, les artistes engagés, les influenceurs et les citoyens anonymes qui ont bravé les gaz lacrymogènes, les balles en caoutchouc et les matraques pour faire entendre leur voix. Tous appellent à une mobilisation continue, pacifique mais déterminée, dans l’ensemble du pays.
La crise politique togolaise, qui couvait depuis des mois, vient peut-être de franchir un seuil critique. Pour le pouvoir de Lomé, les manifestations en cours sont toutes illégales. Gilbert Bawara, parlant au nom du gouvernement, avait indiqué que les forces de sécurité ne se laisseront pas faire. Reste à savoir s’il y aura une volonté d’ouvrir la porte au dialogue.
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