Le Bénin célèbre le 1er août prochain son 65e anniversaire de l’indépendance. En prélude, le Cadre de concertation des forces politiques de l’opposition a lancé le 22 juillet un appel solennel au président Patrice Talon. La coalition d’acteurs de l’opposition a plaidé pour que cette dernière fête de l’indépendance sous le « régime de la rupture » devienne un moment de rassemblement national et de réconciliation.
« Cette commémoration devrait être l’occasion d’un véritable rassemblement des filles et fils du Bénin autour d’un idéal commun fédérateur », a déclaré Antoine Guédou, porte-parole du Cadre, lisant une déclaration solennelle. Un appel lancé alors que Patrice Talon achève les derniers mois de son second et dernier mandat constitutionnel, dans un climat politique tendu et marqué par la répression.
Un contexte jugé « préoccupant »
Pour les opposants, pour que cette fête ait un sens profond, le chef de l’État doit poser des actes concrets de réconciliation. Le Cadre de concertation des forces politiques de l’opposition demande ainsi la libération des détenus politiques, le retour des exilés, la tenue d’un véritable dialogue politique et, dans la mesure du possible, la convocation d’une assise nationale.
« Il appartient au président de la République de s’engager résolument à faire les gestes utiles », insiste le texte. Selon les signataires, ces mesures sont nécessaires pour que la célébration ne soit pas perçue comme une simple formalité, mais comme un moment d’unité nationale, porteur d’espoir et d’apaisement.
Le Cadre n’a pas caché son inquiétude face à la situation politique actuelle. Alors que le pays s’apprête à célébrer son accession à l’indépendance, les forces de l’opposition dénoncent un climat de répression croissante, marqué par l’« étouffement de toute voix dissonante ». Selon eux, chaque échéance électorale s’accompagne désormais de vagues d’arrestations et d’un exode des opposants, entraînant une « fuite des cerveaux » qui hypothèque tout projet de développement durable.
Le porte-parole a notamment dénoncé la restriction des libertés fondamentales, « réduites à leur plus simple expression », en dépit des engagements constitutionnels et des normes internationales. Il a cité les cas emblématiques de Julien Kandé Kansou, Steve Amoussou et Comlan Hugues Sossoukpè, figures de l’opposition ou de la société civile, actuellement derrière les barreaux ou contraints à l’exil.
La peur comme stratégie de Patrice Talon avant 2026 ?
À moins d’un an des élections générales de 2026, le Cadre de concertation des forces politiques de l’opposition voit dans la persistance de ces méthodes un signe inquiétant.
« La répression, le refus du dialogue et le maintien d’un code électoral largement décrié prouvent à suffisance la détermination du pouvoir à faire planer la peur », affirme-t-il.
L’objectif, selon cette lecture, serait d’empêcher toute élection transparente, libre et équitable. Le code électoral, qualifié de « chrysogène », reste l’un des points de crispation majeurs. Adopté sous l’ère Patrice Talon, il a été accusé de filtrer les candidatures et de favoriser la marginalisation des forces d’opposition. Malgré les appels répétés de la société civile et des organisations internationales, aucune réforme n’a été entreprise.
Le président Talon, arrivé au pouvoir en 2016 sous le slogan de la « rupture », a transformé en profondeur l’économie du Bénin, mais au prix d’un recul des libertés démocratiques, dénoncé par l’Union européenne, l’Union africaine et plusieurs ONG internationales. En 2021, les élections législatives, marquées par l’absence de l’opposition officielle, avaient déjà sonné comme un tournant autoritaire.
Avec cette déclaration, l’opposition tente de saisir un moment symbolique — celui de l’indépendance — pour relancer le débat sur la gouvernance et la transition démocratique. Elle appelle Patrice Talon à ne pas quitter le pouvoir dans la division, mais à inscrire son bilan dans une démarche de paix nationale.
Reste à savoir si le chef de l’État, souvent silencieux face aux critiques, entendra cet appel. Car si les 65 ans d’indépendance doivent être un moment de fierté, ils peuvent aussi devenir un miroir tendu vers un pouvoir qui, pour certains, a fait oublier la démocratie au nom du développement.
Le Cadre de concertation des forces politiques de l’opposition, lui, conclut sur un ton d’urgence : « Le moment est venu de reconstruire la confiance. ». Sans cela, toute célébration risque de sonner creux.
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